Prélèvements et consommation d’eau : quels enjeux et usages ?
Un compte rendu simple et éclairant d’un podcast de France stratégie;
– 14% .…
La ressource en eau renouvelable a diminué de 14% en France au cours de ces 15 dernières années. Ça fait donc un peu moins de 1% par an . Mais c’est quoi l’eau renouvelable ? D’où vient-elle ? Comment elle se renouvelle ? Et puis pourquoi diminue-t-elle ?
Un état des lieux du cycle de l’eau
Une ressource renouvelable mais pas illimitée
L’eau, est une ressource renouvelable. L’eau présente sur Terre, s’évapore dans l’atmosphère sous l’effet de la chaleur du soleil. forme des nuages et puis retombe au sol, souvent à des milliers de kilomètres, sous forme de précipitation. Elle est renouvelable, mais pas illimitée, puisqu’en volume constant à l’échelle de la planète, à travers ce cycle de l’eau.

Pour prendre le cas de la France, sur l’ensemble des précipitations qui tombent sur le territoire national, (500 milliards de mètres cubes par an), 60% sont évapotranspirés par les plantes et les sols et retournent donc directement à l’atmosphère, et les 40% restants s’écoulent dans les nappes et dans les rivières.
Ces 40% restantsn c’est ce qu’on appelle l’eau renouvelable . C’est celle qui est disponible pour les milieux naturels et que l’homme peut également mobiliser pour ses usages. Du fait du changement climatique, elle diminue à l’échelle de la France et c’est environ moins 14% sur les 15 dernières années, avec une situation qui est contrastée entre le nord de la France qui reçoit globalement plus d’eau et le sud de la France qui, lui, en reçoit moins.
L’eau se stocke mais s’évapore et se dégrade
L’eau ça se stocke. Bien plus facilement que l’électricité. D’ailleurs dans les barrages hydroélectriques, on s’en sert pour stocker de l’énergie sous forme d’eau.
Le stockage permet de rendre disponible l’eau à l’endroit du stockage. Mais en contrepartie, tant que cette eau n’est pas restituée, elle ne va pas être disponible en aval du stockage pour les milieux ou pour les autres usages.
Aujourd’hui en France, on stocke déjà énormément d’eau. Les estimations donnent environ 18 milliards de mètres cubes le volume d’eau moyen contenu dans ces stockages. Mais stocker, n’est pas sans conséquences. D’abord, l’eau en surface du stockage va se réchauffer, elle va être exposée au vent, ce qui va conduire à son évaporation. On estime l’évaporation annuelle dans les stockages en France à environ 1 milliard de mètres cubes, ça veut dire à peu près 6% des 18 milliards de volume total stocké évoqués plus haut;
Et puis le stockage contribue aussi à la dégradation de la qualité de l’eau, ce qui a des conséquences sur la biodiversité ou sur les usages qui sont situés en aval.
Des aqueducs ?
Alors on peut se poser la question de prendre l’eau là où il y en a trop pour l’amener là où il en manque.
Les transferts d’eau ont toujours existés et on peut continuer à les envisager. Mais ils ne sont pas sans conséquences.
Ces transferts vont prélever de l’eau dans le milieu. Donc c’est de l’eau qui ne sera plus disponible pour les écosystèmes et ça peut affecter leur fonctionnement.
On prend de l’eau et donc cette eau ne sera plus disponible pour les usages en aval de ce transfert.
Ces transferts ne peuvent pas être pérennes dans le temps, parce que du fait du changement climatique, on a une diminution de la ressource et donc finalement on ne fait que déplacer le problème.
Prélèvement d’un côté et consommation de l’autre.
On entend parler de prélèvement et de consommation d’eau. On ne sait pas toujours quelle est la différence.
Un prélèvement, c’est de l’eau que l’on extrait du milieu, donc de nappes souterraines ou de cours d’eau, pour nos usages.
Quand le monde de la recherche et de l’expertise parle de consommation, il parle en fait de la part du prélèvement qui n’est pas directement restituée au milieu (la nature). C‘est la part du prélèvement qui est évaporée. ou incorporé dans les produits.

Sur les prélèvements :
De façon évidente, ils diminuent la quantité d’eau disponible.
L’eau peut être ensuite rejetée dans le milieu avec une qualité dégradée. Par exemple, l’eau peut être réchauffée dans le cas du refroidissement de centrales nucléaires ou l’eau peut être polluée par des pesticides dans le cas d’un usage agricole.
47% des prélèvements, (près de la moitié), sont utilisés dans le secteur de l’énergie et plus précisément pour refroidir les centrales nucléaires. Ca veut dire, que quand on allume la lumière chez soi, indirectement, on prélève de l’eau.
4/5ème de ces 47% des prélèvements pour l’énergie, proviennent de quelques centrales nucléaires situées dans le bassin du Rhône. Si ces centrales prélèvent beaucoup, c’est en raison du type de circuit de refroidissement qu’elles utilisent. Elles possèdent un circuit de refroidissement qu’on appelle ouvert, qui conduit à prélever, pour une même quantité d’énergie, environ 20 fois plus d’eau que les centrales qui possèdent un circuit de refroidissement fermé. Ces centrales en circuit ouvert restituent à la rivière l’intégralité de l’eau qu’elles ont prélevée, mais par contre à une température plus élevée. Ca conduit à un phénomène d’évaporation au niveau de la rivière et il y a donc consommation d’eau.
Alors quel impact du nucléaire dans l’avenir ?
3 caractéristiques principales vont déterminer pour l’avenir l’impact du nucléaire sur nos prélèvements.
- La première caractéristique, ça va être le mix énergétique. Il y a des sources de production d’énergie qui utilisent peu voire pas d’eau du tout. C’est le cas par exemple de l’éolien ou du solaire,
- La deuxième caractéristique, c’est le choix entre implanter les nouveaux réacteurs en bord de mer ou les implanter en bord de rivière. Les implanter en bord de mer, ça permet de relâcher la contrainte sur l’eau douce.
- Et la dernière caractéristique, c’est le type de circuit de refroidissement qu’on utilise: circuit fermé ou circuit ouvert ? Utiliser des circuits fermés, cela permet de diminuer fortement les prélèvements. Le revers, c’est que ça augmente la consommation, parce que l’eau prélevée pour un circuit fermé, est plus fortement évaporée que dans le cas des circuits ouverts. Ce sont les fameux grands panaches de vapeur d’eau qu’on voit sortir des immenses tours des centrales nucléaires. Au total, un circuit fermé, consomme environ 25% de plus qu’un circuit ouvert. Et donc, c’est ces 25% ne seront plus disponibles en aval.
Sur la consommation
L’usage domestique ne représente que 12% de la consommation annuelle…. On peut continuer à boire de l’eau du robinet sans craindre de vider les réserves annuelles.… Mais où sont passés les 88% restants ?
Sur ces 88% restants, 60% sont consommés pour l’usage agricole et plus particulièrement pour l’irrigation parce que quand on irrigue, l’eau est évapotranspirée, donc n’est plus disponible pour le milieu naturel.
Les surfaces irriguées ont augmenté en France, de plus 23% en 10 ans et même de plus de 78% dans le nord de la France qui était jusque-là un territoire assez peu irrigué. Il faut savoir que cette eau d’irrigation est utilisée d’une part pour irriguer des cultures destinées à l’alimentation humaine, ‘(à peu près 44% des volumes d’irrigation), et d’autre part pour des cultures destinées à alimenter les animaux, ( 39% des volumes d’irrigation)
De plus l’irrigation a une particularité par rapport aux autres prélèvements. C’est qu’elle, prélève pendant 3-4 mois de l’année, qui sont les mois les plus chauds, c’est-à-dire quand les niveaux d’eau sautent au plus bas dans les milieux

Lecture : les chiffres indiquent les volumes prélevés et consommés en milliards de m3 – , les camemberts, la répartition de ces volumes entre les activités. En 2020, 16,5 milliards de m3 ont été prélevés dans le bassin versant Rhône-Méditerranée, dont 66 % pour la production d’énergie, et 1,5 milliard de m3
ont été consommés dont plus de la moitié pour l’agriculture.
À quoi s’attendre dans les années à venir ? Est-ce qu’on peut s’améliorer ? Comment peut-on s’améliorer ?
Il faut s’attendre à des tensions croissantes dans certains territoires et à certaines périodes de l’année. Il faudra donc anticiper ces tensions en ayant une meilleure connaissance de la ressource. C’est ce à quoi s’attèle le projet de recherche Explore 2, conduit par l’INRAE et l’Office international de l’eau.
Ensuite, il faut anticiper les usages futurs de l’eau en établissant des scénarios prospectifs.
Enfin, collectivement, il faudra que l’on se mette d’accord sur les quantités d’eau prélevées, sur leur répartition et sur la finalité de l’usage de cette eau.
On a du pain sur la planche….
Pour plus d’informations : Rapport-2024 – 136_enjeux_et_usages_de_leau.pdf

